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Antifouling et carénage : ce que la peinture de votre bateau loué laisse dans l'eau

Cuivre, biocides, particules de peinture : comment l'antifouling qui protège la coque des bateaux de location pollue aussi les ports et les fonds marins, et ce que ça change pour le plaisancier.

Sous la ligne de flottaison de la plupart des bateaux de location se cache une peinture spéciale, l'antifouling, qui empêche algues et coquillages de coloniser la coque. Efficace, mais pas neutre pour l'eau du port ni pour les fonds marins qui l'entourent — un sujet que la recherche en écotoxicologie documente depuis près de quarante ans.

Pourquoi une coque a besoin d'antifouling

Sans protection, la coque immergée se couvre en quelques semaines d'algues, de balanes et de coquillages qui augmentent la traînée, la consommation de carburant et le poids du bateau. L'antifouling libère en continu, à faible dose, des biocides qui empêchent cette colonisation — un carénage régulier (grattage, ponçage, remise en peinture) fait partie de l'entretien de toute flotte de location professionnelle.

Le précédent du tributyltin

Longtemps, le biocide de référence a été le tributyltin (TBT), extrêmement efficace… et extrêmement toxique. Une série d'études devenues classiques en écotoxicologie marine, menées notamment par les chercheurs britanniques Gibbs et Bryan, a montré dès les années 1980 que le TBT relargué par les peintures antifouling provoquait un phénomène appelé « imposex » chez le gastéropode Nucella lapillus (le « bigorneau perceur ») : le développement de caractères sexuels mâles chez les femelles, à des concentrations infimes dans l'eau, au point de stériliser des populations entières près des ports et des marinas (Gibbs & Bryan, Journal of the Marine Biological Association of the UK, 1986). Ces travaux ont largement contribué à l'interdiction progressive du TBT sur les coques de plaisance, effective en Europe depuis le milieu des années 2000 et généralisée au niveau mondial par une convention de l'Organisation maritime internationale.

Le cuivre et les particules de peinture, nouveaux sujets d'attention

Le TBT a surtout été remplacé par des biocides à base de cuivre, moins rémanents mais eux aussi toxiques pour la faune filtreuse à forte concentration, en particulier dans les ports et marinas peu renouvelés en eau. Plus récemment, les chercheurs se sont aussi intéressés aux particules de peinture elles-mêmes, arrachées lors du carénage ou de l'usure de la coque, qui constituent une source de microplastiques et de métaux longtemps sous-estimée dans les zones portuaires (Turner, revue de synthèse sur les particules de peinture marine, 2021).

Ce que ça change, concrètement, pour un locataire

Rien à faire directement sur l'antifouling lui-même — c'est l'entretien du loueur — mais quelques réflexes limitent votre propre impact : mouiller sur fond de sable plutôt que sur les herbiers de posidonie, qui accumulent ces polluants et abritent la faune la plus sensible (notre guide sur le mouillage et les herbiers de posidonie détaille la réglementation), et éviter de laver ou gratter soi-même la coque au port, ce qui disperse directement les biocides dans une eau peu renouvelée. Les flottes professionnelles récentes carènent de plus en plus avec des peintures à base de cuivre à libération contrôlée, voire des solutions sans biocide (silicone, ultrasons) — un point qu'il est parfaitement légitime de demander au loueur si le sujet vous tient à cœur.

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